J’ai testé et approuvé : La disposition bépo pour les claviers.
Tout à commencé par un problème :
Je me suis rendu compte qu’en écrivant beaucoup, je finissais invariablement par avoir mal. Dans le dos, dans les mains, dans les bras. Une bonne chaise a déjà fait beaucoup pour mon dos. Mais ça ne change rien pour les mains. Alors j’ai fait quelques recherches :
Nos claviers traditionnels, azerty, qwerty… n’ont pas été conçus pour être agréables, pratiques, et encore moins pour respecter nos doigts.
• Les caractères les plus fréquents ne sont pas les plus facilement accessibles ;
• À l’inverse, des caractères rares sont très accessibles ; citons pour exemple : « Z », « ; » ou « K » ;
• Les lettres accentuées sont difficilement accessibles, placées sur la rangée des chiffres ;
• Des caractères usuels du français ont été oubliés : œ, « , », les majuscules accentuées, l’espace insécable ;
• Il y a un gros déséquilibre entre les deux mains (58 % de frappes pour la main gauche alors qu’il y a plus de caractères sous la main droite) ;
• Aucune optimisation propre à la langue française n’a été faite.
L’azerty, dérivé du qwerty, avait pour but d’optimiser la répartition des lettres pour éviter que les tiges de la machine à écrire ne s’emmêlent au cours de la frappe. Machine à écrire, oui. Pas clavier. Mais la disposition est restée la même. La logique voudrait qu’on change, maintenant, puisque ça n’a plus de sens de continuer comme ça. Mais non… parce qu’on a l’habitude.
Pourtant, il existe des alternatives.
August Dvorak s’est penché sur la question et a conçu une disposition qui porte son nom. La disposition Dvorak est adaptée à la frappe américaine. Elle place les lettres les plus utilisées sur les touches les plus faciles d’accès. Résultat: plus de confort, bras et épaules moins tendus et sollicités, plus de vitesse de frappe et apprentissage plus facile. La version française, c’est le bépo.
Pour tout ce qui est technique, je vous renvoie sur le site bepo.fr avec son wiki très complet et sa communauté solide. Vous y trouverez comment télécharger et installer le bépo selon le système d’exploitation de votre ordinateur et selon vos contraintes personnelles. Et pour ne rien gâcher, le bépo est sous licence libre, ça ne coute pas un seul centime. Merci ! Vraiment, merci beaucoup !
L’apprentissage.
Évidemment, passer au bépo signifie passer à la frappe en aveugle, sinon ça n’a aucun sens. Autant rester en azerty si vous continuez à taper avec deux doigts où s'il faut relever vos mains à chaque lettre pour voir ce qu'il y a écrit dessus. Mais comme j’en ai parlé plus haut, le bépo est sensé faciliter les choses.
Il existe des logiciels, autant pour Windows, Mac que Linux. Mon préféré est Klavaro, mais ça n’est qu’une histoire de ressenti.
Changer sa façon de pianoter sur un clavier, ça prend du temps. En gros, pendant un mois, je me suis retrouvée à taper à la vitesse d’un escargot. C’était très handicapant, surtout lorsque je tentais d’avoir une discussion par messagerie instantanée. L’horreur absolue. Et pour mes romans, ce n’était pas mieux, impossible de parvenir à me concentrer à la fois sur l’emplacement des doigts et sur le texte.
La meilleure méthode pour réussir, ce serait de complètement abandonner l’azerty. Sur le coup, je n’ai pas pu. Ce que je faisais au début, c’est que je tapais mes premiers paragraphes en bépo, et quand ça commençait à trop nuire à ma concentration, je repassais en azerty. Puis peu à peu, à force de pratiquer, j’ai pu travailler de plus en plus longtemps sans tricher.
L’une des choses qui m’ont vraiment aidée, c’est que je n’ai pas collé d’étiquettes sur mon clavier pour avoir la bonne disposition sous les doigts. J’étais réellement aveugle. Et si je cherchais ma lettre, si j’avais besoin d’un indice, il me fallait faire un effort pour consulter le plan du clavier. Ça dissuade…
J’ai persisté. Après Klavaro, je suis passée aux exercices du wiki. Vous n’imaginez même pas le plaisir que c’est d’écrire des phrases entières sans bouger les doigts de leur position de repos. En azerty, c’est impossible. Bon ok, ce sont tout de même des phrases louches…
« satan est sienne si ta tante se tait »
« un raisin rassis sustenterait un sarrasin sinistre et une tunisienne nantie en nuisette »
Mais après avoir tapé encore et encore des groupes de lettres sans queues ni têtes pour retenir leur place, ça me changeait !
Et comme ça me plaisait, j’ai laissé tomber l’azerty pour de bon, quitte à diminuer énormément ma vitesse de frappe. Cette partie-là a duré peut-être quatre mois, durant lesquels mes progrès étaient visibles. Je mesurais ma vitesse de frappe sur les sites comme Dactylotest, et je notais scrupuleusement les résultats, j’étais plutôt fière de moi ! Puis j’ai fini par rattraper ma vitesse de frappe en azerty. Et là… j’avais vraiment de quoi être fière.
À peu près un an plus tard, ma moitié m’a fait un cadeau avant le NaNo: un TypeMatrix, soit un clavier droit. Ça, c’était encore l’étape au-dessus.
Celui sur cette image est vierge, comme le mien. Parfait pour apprendre. Mais il existe des modèles avec les lettres imprimées sur les touches. Il se vend avec un skin, une sorte de peau qui se superpose parfaitement au clavier, qui le protège et adoucit la frappe.
Le mien est noir et la disposition bépo est imprimé dessus.
Le positif du Typematrix :
- C’est un clavier droit, les touches sont disposées en ligne et en colonne plutôt qu’en diagonales, ce qui évite de se les tordre pour des tiges de machine à écrire qui n’existent pas.
- Le clavier est plat, donc le poignet n’est pas tordu.
- Il est compact, donc la souris est posée moins loin, ça limite le mouvement et soulage les épaules.
- Il comprend néanmoins un clavier numérique, il faut juste appuyer sur une touche pour l’activer.
- Les touches entrée, suppr et retour arrière sont au centre, afin de pouvoir les utiliser avec les doigts les plus forts.
- Les touches de mon modèle étant vierges (je ne me suis pas servi du skin tout de suite). Pas de tentation de tricher pendant l’apprentissage.
- Un intrus s’installant devant mon clavier serait tout bonnement incapable de s’en servir. Très dissuasif…
- Le skin : Si comme moi vous avez horreur de voir tout ce qui peut se nicher entre les touches, c’est l’idéal. Je mange mon sandwich, puis j’ôte le skin, je le secoue et hop, plus de traces étranges, plus de miettes. Je n’ai plus qu’à le remettre.
Le négatif :
- C’est cher. Cent euros pour le clavier, dix euros le skin et huit euros pour les frais de port.
- Ma moitié râlait chaque fois qu’elle devait faire quelque chose sur ma machine. Le clavier bépo, elle ne pouvait pas s’en servir, il faudrait donc deux claviers pour les machines utilisées par plusieurs personnes. Et le clavier normal impliquait qu’elle switch à chaque fois de bépo à azerty. (Des raccourcis clavier bien pratiques existent : Sous mac c’est alt+cmd+espace. Sous Windows, c’est Ctrl+Maj. Facile !).
- Le skin. La première fois que je l’ai essayé, j’ai eu peur. Les touches devenaient super difficiles à enfoncer. J’ai cherché sur internet, j’ai vu peu de gens s’en plaindre. Pourtant, moi au bout de deux minutes j’avais des crampes ! Je n’ai pas pu l’utiliser dans un premier temps. Surtout pas pendant le NaNo. Mais après coup, je m’y suis faite, je pense que mes doigts n’étaient pas assez musclés, parce que maintenant, je ne fais plus la différence.
Bilan :
Ça fait maintenant deux ans que je suis au bépo. Qu’est-ce que j’en pense ? Pour moi, que du bien. Je ne reviendrais en arrière pour rien au monde. De toute façon, ce n’est pas comme si j’avais oublié comment on tape en azerty avec deux doigts…
Les plus :
- Le bépo est gratuit et ne nécessite pas d’acheter quoi que ce soit.
- Je n’ai plus mal. Ni dans les doigts, ni dans les mains, ni dans épaules.
- J’ai gagné en plaisir et en confort. Il m’arrive souvent de me mettre devant mon clavier juste pour en profiter, un peu comme certains savourent l’utilisation d’un stylo-plume entre deux dactylographies. Lorsque la page blanche me nargue, je la dépasse souvent en écrivant n’importe quoi, juste parce que c’est agréable.
- Je sais désormais taper en aveugle. Le fait d’avoir opéré un gros changement qui soit bon pour moi et pour ma passion m’a motivée. J’ai aussi moins mal aux yeux, parce que passer du clavier à l’écran en permanence est douloureux à la longue et mauvais pour la vue.
- Je me suis familiarisée avec des touches qui m’aident à écrire plus vite est mieux. Les points de suspension, par exemple, ce ne sont plus trois petits points, mais une seule touche. Les majuscules accentuées, le œ… Je suis encore à la ramasse avec les espaces insécables.
Les moins :
- Je ne sors pas avec mon clavier, alors quand je dois repasser en azerty, ça m’agace. Je sais toujours faire, mais pfff… Je dirais bien que c'est comme devoir utiliser Windows quand on a essayé Mac ou Linux, mais je n'ai pas envie de me faire taper sur les doigts.
- Le bépo est contraignant quand on a un seul ordinateur pour plusieurs personnes, parce qu'il faut sans cesse changer de "clavier".
- Les claviers adaptés sont chers, mais ils ne sont pas indispensables. Coller des étiquettes sur les touches est une alternative moins couteuse mais qui gênera beaucoup les autres utilisateurs de l'ordinateur… héhé.
Conclusion :
Je recommande le passage au bépo pour tout le monde. Pour les écrivains, les journalistes et tous les amoureux du texte, c’est presque indispensable. Plaisir, confort, et prendre soin de soi… Je suis pour ma part conquise.
Le web a ça de génial qu'il rassemble des communautés qui créent, qui améliorent et qui partagent pour l'amour d'une idée et avec savoir faire.
Vive le libre.
Le web a ça de génial qu'il rassemble des communautés qui créent, qui améliorent et qui partagent pour l'amour d'une idée et avec savoir faire.
Vive le libre.


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