mardi 14 octobre 2014

Pourquoi je ne suis plus sur Facebook

« Tu n’étais pas au courant ? Ah ! Mais oui, c’est vrai que tu n’as pas Facebook ! »
« Le point commun entre James Holmes, Mohammed Merah et Anders Breivik, à part le fait que c’était des psychopathes, c’est qu’ils n’avaient pas Facebook. Ceux qui n’ont pas Facebook seraient donc des psychopathes en puissance ? »
« Si tu veux être écrivain, aujourd’hui, il faut communiquer, et ça passe forcément par avoir un compte Facebook »

Est-ce que c’est si bizarre de ne pas avoir de profil sur ce site, là, en particulier ? Je n’ai rien contre les réseaux sociaux, mais celui-là, je ne l’aime pas. Puisqu'il est si indispensable, la moindre des choses, c’est que j’explique pourquoi je m'en suis débarrassé. 

J’entends souvent dire que Facebook ça rend idiot, Facebook ça prend du temps, Facebook, ce n’est pas utile… Oui, mais non. Ça, ça ne me dérange pas. C’est comme la télé, comme les jeux vidéos, comme lire un livre ou passer du temps sur un blog d’écriture, on est responsable de l’utilisation qu’on en fait. Si c’est votre cas, et bien arrêtez ! C’est juste que le principe du réseau social n’est pas fait pour vous. 

Il y a aussi les Facebook c’est chiant, Machine pollue mon mur avec des photos d’animaux maltraités et Truc avec ses demandes de Farmville. Sans parler des leçons de vie new age désastreuses sur fond de photo sépia… Oui, c’est vrai, et oui, c’est agaçant. On pourrait parler des heures des déviances des utilisateurs. Mais Facebook possède des outils de blocage. Si vous ne voulez plus recevoir des demandes de jeu, prenez le temps de les bloquer. Et pour le contenu indésirable, vous pouvez aussi en parler à Machine ou la virer de vos contacts.

Autre chose, Facebook vous oblige à accepter des amis dont vous ne voulez pas pour ne vexer personne. Machine et ses photos glauque, par exemple. Ou alors vous avez un réseau de travail avec vos collègues et votre mère vous relance mille fois pour devenir votre ami. Elle vous le fait même remarquer d'un air blessé le dimanche en repas de famille… C'est embêtant, vous ne voulez pas vous fâcher avec votre mère pour si peu… Oui c’est gênant, mais encore une fois, à cela il y a des solutions. Différents niveaux «  d’amitié » sont possibles, et le fait de regrouper les gens en groupes permet de placer votre mère dans un autre que celui de vos collègues, et ce sans blesser personne.

Non, vraiment, le problème ce n’est pas ça. C’est bien plus grave que ça.
Le problème, ce sont les données.

Sur Facebook, le droit à l’oubli n’existe pas. Vous avez déjà essayé de supprimer votre compte ? En fait, il ne l’est jamais vraiment. Il reste sur les serveurs de Facebook, et si vous tapez à nouveau vos login et mot de passe, le compte se réactive comme par enchantement. Ce que vous dites sera exposé et jamais oublié. Et il court même des bruits disant que si des années après on se connecte on pourrait trouver que nos données ont été mises à jour ou que les amis qu’on nous proposerait seraient ceux rencontrés il y a deux jours au café du coin. Et c’est bien possible, parce que Facebook sait tout.

« Oui, mais il suffit de faire attention à ce qu’on dit aussi ! Par exemple je ne mets jamais d’infos personnelles ! »

Bien sûr que si. Non, il n’y a pas que les idiots qui publient des selfies d’eux-mêmes alors qu’ils sont en mission secrète pour l’armée qui donnent des détails sur leur vie privée. C’est tout le monde. Impossible de faire autrement.

Sur Facebook, il y a plusieurs types de données.

Les données consentantes :
Ce sont les moins intéressantes, celles que vous rentrez vous même. Nom prénom âge, en couple ou célibataire, dans quelle école vous êtes allé, où vous travaillez… Et évidemment tout ce que vous publiez sur votre mur, que ce soit du texte, des liens ou des photos, des like…

Les données recoupées grâce à vos amis :
Dès que vous avez des amis sur Facebook, ils publient des choses sur vous. J’avais un compte avec un pseudo bidon et un dessin en image de profil. Combien de temps a-t-il fallu pour que je sois identifiée sur la photo de quelqu’un ? Moins d’un mois. Anonymat zéro. Merci les amis. À savoir, si vous synchronisez votre carnet d’adresses sur Facebook, le site regarde toutes les adresses et crée un compte fantôme pour les utilisateurs non inscrits, afin que si cette personne vienne un jour, elle ait déjà des suggestions d’amis personnalisées. Fantastique…

Les données cachées :
Celles-là sont plus vicieuses, parce qu’elles concernent votre comportement. Ce que vous faites en arrivant sur Facebook, où vous cliquez, quels profils vous visitez, quel navigateur vous utilisez, depuis quel ordinateur vous vous connectez, votre adresse IP, et grâce aux données de géolocalisation, le site sait aussi où vous êtes. En déterminant que deux personnes se sont connectées plusieurs fois sur le même iPhone, il peut déduire que vous vivez sous le même toit. On parle aussi de regarder où vous laissez votre curseur sur la page, de vérifier les mots que vous surlignez en lisant, de vérifier le temps que vous passez sur chaque article sur lequel vous avez cliqué… Ça fait science-fiction, non ?

Les données hors Facebook :
Plus traitre encore, tous les sites sur lequel le petit bouton like a été ajouté, tous ceux qui ont un module pour vous renvoyer sur Facebook, sont une sorte de mouchard permettant à Facebook de savoir où vous vous baladez sur le web.

C’est fou, mais qu’est-ce qu’ils vont faire de toutes ces données ?

Et bien… Il ne faut pas se leurrer, c’est pour le fric. Oui, parce que Facebook, c’est gratuit. Et si le Mark Zuckerberg a pu s’offrir Instagram, WhatsApp et Oculus pour quelques milliards de dollars, c’est bien qu’il se fait de l’argent quelque part. Où ? En vous vendant, parce que oui, quand c'est gratuit, c'est souvent parce que c'est nous, la marchandise… Et sur sa capacité à vous proposer des publicités sur lesquelles vous avez toutes les chances de cliquer.

Toujours pas convaincu ?

Moi, je ne l’étais pas non plus. Pas facile de décrocher, je n’ai de nouvelles de certaines personnes que via ce site. Et puis, oui… Pour savoir qu’un rendez-vous serait annulé, il fallait surveiller le bon mur… Je comprenais bien que j’étais devenue une marchandise, un homme-sandwich… Mais… Il faut bien, parce  ue les autres y sont. Et puis à priori, ça ne me fait pas de mal, ou en tout cas, je ne m’en rends pas compte…

Sauf que le fric, ce n’est pas les seules raisons. Et il y a un moment où il faut arrêter d’être sourd et aveugle.

J’ai commencé à en avoir vraiment marre quand je me suis rendu compte que Facebook triait les articles auxquels vous avez accès plutôt que de tous vous les donner. Donc si vous ne communiquez pas un minimum avec quelqu’un, il pourrait totalement disparaitre de votre mur. Pas de j’aime, pas de visibilité. En pratique, ça veut dire que si vous vous êtes abonné au mur d’une super artiste pour avoir tous ses posts, ou si vous êtes devenue amie avec votre grand-mère pour savoir ce qu’il lui arrive, alors pour avoir accès à ces messages, il faudra aller sur leur mur. Et donc, s’abonner n’aura servi à rien. En l’occurrence, ça me gonflait quand c’était des rendez-vous que je manquais… Mais bon sang, quelle idée de donner rendez-vous sur un site qui vous surveille ? Pour que la planète entière sache que vous ne serez pas chez vous quand et combien de temps ? Genre pour faciliter la vie aux cambrioleurs ? Mais bon, là je digresse…

Et puis le coup de grâce, ça a été ce fait divers dont on a presque pas entendu parler… 700 000 personnes dont le mur a été manipulé afin de faire des expériences… Le principe est simple, il s’agissait d’observer les réactions des utilisateurs lorsqu’ils étaient confrontés à des messages uniquement positifs, puis uniquement négatifs, dans le but de prouver que le contenu du mur pouvait influencer l’humeur des gens.
Donc pour commencer, manipulation de masse. Ensuite, l’aveu que ce qu’il y a sur votre mur peut-être arrangé à n’importe quelle sauce. Et pour finir, aucune communication de Facebook qui se sert de ses utilisateurs comme de la marchandise.

Moi, je n’ai pas envie d’être un cobaye ou un homme-sandwich. Je ne veux pas qu’on me suive sur le net, et qu’on me traque à la limite de l’obsession pour rien. Oui Google fait pareil, mais au moins, Gmail et Google Doc, c’est utile. Je n’ai pas envie de rester sur un site web parce que j’y suis obligée par les autres utilisateurs. Je n’ai pas envie de perdre mon temps sur Farmville alors que je pourrais jouer à Monster Hunter Tri. Et tant pis si je loupe un message que je n’aurais sans doute pas vu même en étant sur Facebook.

6 commentaires:

  1. Hum ... Tu vois, en fait, je ne suis pas une vraie psychopathe, j'ai un compte fb ... Vite, je cours le désactiver pour rester cohérente =)
    Blague à part, ta vulgarisation est très juste, on a vite tendance à oublier que le gratuit fait de nous de la marchandise. Même si, comme tu le dépeins si bien, fb est le seul lien qui reste avec certains autres qui sont loin, trop loin pour garder d'autres liens ...
    C'est courageux de s'en séparer, j'admire le geste en sachant que j'aurais beaucoup de mal à en faire autant ... Mais bon, j'ai désactivé les notifications Farmville, j'ai viré de mon mur les photos sépias et j'ai dit à Machine que ses avis philosophiques me faisaient le même effet qu'une overdose de dragées Fuca ... Du coup, ça devient presque vivable, à condition d'occulter ma condition de cobaye-sandwich ...

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    1. Oh ! Ma psychopathe adorée ! Toi si tu es sur Facebook, c'est parce que tu es plus maline que les hommes, tu sais te camoufler.

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    2. En fait, j'ai un casque de Magnéto version gants. Avec ça sur les doigts, ni vu ni connu, personne ne détecte mes aspirations profondes ....

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  2. (tiens, rien à voir et tant qu'à y être .... Tu mettrais une newsletter en place pour qu'on te suive de plus près ?)

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  3. Normalement, c'est fait, sauf si problème technique.

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  4. Hiii, youpi la newsletter =) j'm'en vas m'y inscrire de suite ma Chère =)

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