vendredi 12 septembre 2014

La forêt des damnés - Carrie Ryan

Un village entouré par des grilles, cerné en permanence par des morts vivants et tenu par la main de fer d’une communauté religieuse matriarcale totalitariste et conservatrice… Tous les ingrédients laissaient présager une bonne dystopie. 

Dans ce village, la mort est présente partout. Une morsure de zombie et hop ! c’est fini. C’est d’ailleurs comme ça que meurt la mère de Mary, l’héroïne, point de départ de l’histoire. En parlant de mère, Mary a un rêve, celui de voir un jour l’océan dont sa maman lui a tant parlé et auquel personne ne croit autour d’elle. C’est son fil conducteur. Confrontée à la vie hors du giron maternel, c’est la seule chose qui l’anime vraiment : Un jour, elle quittera cette ville pour aller vers cet océan où il doit bien y avoir d’autres survivants et un espace sans morts vivants. 

L’auteur aborde donc des thèmes forts et difficiles comme la perte d’un être cher, le rejet, la capacité d’un héros à quitter le confort et la sécurité pour faire ce à quoi il aspire vraiment, le courage... L’amour aussi puisque la seule alternative de l’héroïne pour ne pas devenir bonne sœur est de se marier. Ce qui en fait un texte riche et profond, à la psychologie soignée. J’ai été captivée, j’ai lu le roman en une journée parce qu’il m’a littéralement happée. J’ai senti une belle écriture, fluide et propre, vivante. Jusqu’au premier tiers environ. 

À partir du premier tiers est né comme un malaise. Quelque chose clochait chez l’héroïne. Et j’avais l’impression que l’histoire n’avait toujours pas commencé ! Il se passait des choses, oui, mais jamais pourtant on n’avait la sensation d’avancer dans l’histoire, comme si tout se passait dans la tête de l’héroïne. 

Son rêve qui paraissait si pur et enfantin, naïf, devient par à-coup malsain et psychotique. Ce n’est plus un rêve, c’est une obsession et il n’y a plus que ça qui compte. J’en suis venue à me demander si elle avait fini par devenir folle. Ce qui n’aurait pas été étonnant dans un tel univers. 

Et puis arrivée à la fin, j’ai eu une autre théorie. Les personnages secondaires sont rares et peu développés. Les deux seuls garçons de l’âge de Mary sont dingues d’elle. Sa meilleure amie décrite comme belle et vivante, sentant le soleil au contraire n’intéresse ni l’un ni l’autre. Elle est décrite comme faible et fragile, et Mary a l’habitude de la protéger parce qu’elle est forte. On en sait tellement sur ce que pense Mary qu’entre deux phrases de dialogue il y a souvent plusieurs paragraphes d’introspection. Verdict... Ça sent la Marie-Sue à plein nez. 

Ce n’est pas forcément évident au départ, mais je ne vois pas d’autre explication. Dans cette histoire, rien ne compte, absolument rien à part elle et ce rêve qui tourne à l’obsession. Aucun amour, aucune loyauté, aucune mort et même aucun sursaut de bon sens ne parviennent à la faire changer d’avis.

Peut être que j’abuse, mais c’est comme ça que je l’ai ressenti. 

Dernier détail dérangeant, les portes ouvertes non refermées, les questions sans réponse. Pourquoi aucun de ses deux prétendants ne l’a demandée en mariage quand il en était encore temps s’ils sont si épris d’elle ? Pourquoi son frère la rejette-t-il aussi violemment ? Pourquoi le monde est-il couvert de morts-vivants ? Pourquoi le zombie à la veste rouge est plus fort que les autres ? Et pourquoi suit-il Mary inlassablement ? Qu’est-il arrivé au père de l’héroïne ?

Pour conclure, je dirais que c’était une bonne lecture, même si pas parfaite. Je ne sais pas comment l’auteur s’est débrouillé pour rendre son texte aussi prenant, mais je suis restée scotchée. Et même si les défauts sont présents, ça reste une lecture à tenter. 

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